Conscient de ses limites, des déséquilibres et parfois de la violence qu'il provoque, le capitalisme s'offre de temps à autre une séance d'autocritique et de remise en cause de ses fondamentaux. L'université d'été 2008 du MEDEF ne déroge pas à la règle puisque la conférence " le capitalisme à but non lucratif " avait pour objectif de resituer le profit en tant que finalité et de rappeler l'apport premier qu'une entreprise doit avoir pour la société.
Comme exemples de capitalismes à visage nouveau, Claude Bébéar mentionne deux sources d'inspiration d'outre-Atlantique : les " mutuelles de paroisse " et la " tradition de solidarité ".
De quoi s'agit-il ?
Dans les " mutuelles de paroisse ", l'idée est de substituer votre communauté religieuse à votre mutuelle pour vous assurer. Voici quelques précisions provenant d'un numéro du Time US de juillet dernier. Pour y être admis, vous devez avoir et pratiquer quotidiennement une morale vertueuse : ne pas fumer, ne pas boire, ne pas mentir sur son état de santé, ne pas tromper son conjoint, etc. Il ne s'agit pas seulement de l'affirmer mais d'obtenir de votre pasteur ou guide religieux une attestation comme quoi vous correspondez bien aux critères exigés. On le voit, n'entre pas dans ce système qui veut. Dès votre intégration, vous recevez chaque mois une lettre vous indiquant à quelle famille vous devez envoyer votre argent. Naturellement, c'est à votre tour de recevoir de l'argent de votre communauté quand le besoin s'en fait sentir. Le résultat est que les coûts à débourser pour assurer une famille chutent de 40 à 70 % par rapport au système traditionnel.
Ce que j'en pense :
Bébéar classe volontairement ce type de mutuelle dans le " capitalisme à visage humain ". En réalité, je crois plutôt qu'il s'agit d'un mouvement visant à s'affranchir de l'emprise des compagnies d'assurance et de leurs primes sans cesse renouvelées à la hausse. Dans ce pays croyant que sont les Etats-Unis, ces " mutuelles de paroisse " pourraient exploser.
Bébéar remarque par ailleurs que les américains sont, par tradition et par nécessité, beaucoup plus impliqués dans la solidarité de proximité que nous le sommes en France. Chez nous, la centralisation excessive et historique a joué pour exonérer les français de ce devoir, transférant les nécessaires actions de solidarité aux domaines régaliens de l'Etat.
Ce que j'en pense :
Totalement d'accord avec lui. J'ai personnellement un ami qui m'a dit un jour " je paie 70 000 € d'impôts tous les ans ; je ne veux entendre parler de rien ". C'est bien triste. Ainsi la solidarité est-elle l'affaire de tous en France (c'est-à-dire surtout pas de moi) et l'affaire de chacun aux USA.
En traducteur français du Dalaï-lama, Matthieu Ricard quant à lui livre un message de sagesse. Sans renier la constitution de la richesse matérielle, il rappelle la tot
ale déconnection entre sentiment de bonheur et niveau de richesse. Les " riches " ne sont ni plus malheureux ni plus heureux que les pauvres (et c'est tant mieux).
Il s'amuse alors à nous livrer une série de faits et chiffres clés pour préparer sa démonstration. Par exemple, depuis 1950, le niveau de vie a quasiment triplé aux Etats-Unis, mais la proportion de personnes se déclarant " très heureuses " reste stable, aux environ de 20 %. Fort de ce chiffre et de quelques autres, il nous livre son message en paraphrasant un adage populaire : " l'argent ne fait pas le bonheur… sauf s'il est donné ". Ricard nous invite ainsi à redistribuer une partie de nos richesses, même si cela est minime ou infime. C'est l'attitude et l'état d'esprit qui comptent.
Ce que j'en pense :
J'adhère à 200 % à ces propos. Je reste pantois de rencontrer encore si souvent des personnes qui, perdues dans la " course au fric ", ne pensent qu'à une chose : l'accumulation maximale de biens matériels censés leur apporter confort et jouissance en lieu et place de bonheur. Cette course a pour résultante un égocentrisme croissant rendant aveugle à son entourage et finalement triste. Je ne prétends pas savoir être plus heureux que la moyenne, mais j'éprouve toujours un fort de sentiment de bien-être quand je consacre un peu de mon temps à autrui, à plus forte raison si je ne connais pas ou peu cet autrui.
C'est pourquoi, selon Ricard, les instruments de mesure strictement fondés sur l'argent sont dépassés ou insuffisants. De nouveaux indicateurs doivent être inventés. Il y a quelques années, le Bhoutan proposait de mesurer le " Bonheur National Brut " (BNB), voulant ainsi dépasser la notion de PNB, " invention des années 30 ". Tiens, ça me rappelle ma discussion avec Jorgen à Boston au printemps dernier. Ricard rappelle que la Révolution Industrielle du XIXème siècle avait pour objectif l'amélioration de nos conditions de vie et avait contribué à passer, en quelques décennies, l'espérance de vie de 45 à… 75 ans. A cette époque, explique Matthieu Ricard, la notion de profit était moyen, un levier pour délivrer aux hommes les meilleurs produits et services. Il est devenu depuis un objectif. Certes, les entreprises doivent faire du profit, c'est leur vocation et la condition de leur développement, mais ce profit ne saurait constituer leur unique objectif.
Emmanuel de Saint-Bon