Dernier volet de cette série « du Web 2 au Web 3 : le web instantané.
On l’a dit et répété : la communication par Internet déshinibe les individus et libère la parole. L’écran interposé, l’aspect asynchrone des discussions et l’absence de formalisme des messages rend plus faciles nos échanges. D’aucuns se plaignent que la multiplication des écrans tue au contraire la communication. Bien souvent, ils n’ont pas tort, mais c’est un autre sujet.
Le web instantané ==> des réponses instantanées ?
Ce qui nous intéresse ici, c’est de constater que notre rapport à l’Internet tend vers plus d’immédiateté. Ce qui a démocratisé le Web, ce sont les e-mails. Or, dans les années 90, il n’était pas choquant de prendre quelques jours pour répondre à un e-mail ; surtout dans les conversations privées. Aujourd’hui, à l’heure des Blackberry (Blackberries ?), on s’inquiète de ne pas avoir de réponse dans l’heure. Vous restez silencieux ? C’est que vous êtes d’accord avec mon message ou que l’on peut avancer sans vous…
Pour ma part, je ne partage pas cette façon de voir les choses, mais m’efforce de tenir compte de ces attitudes ambiantes nouvelles. Je crois malgré tout que l’on peut prendre encore 24 heures pour répondre, non ? Cela évite les messages sans queue ni tête ou rédigés en langage SMS que l’on reçoit parfois.
Le web instantané ou le contact permanent avec sa communauté
De nombreux réseaux sociaux proposent une mise à jour facile de votre « statut » et la gestion d’une communauté « d’amis ». De ce fait, ils accentuent encore ce phénomène d’immédiateté. Voyez Facebook et surtout Twitter. Twitter, faut-il le rappeler ?, est un réseau social de micro-blogging (ou blog instantané). Vous y écrivez en 140 caractères au maximum ce que vous y faites et vos followers en sont immédiatement avertis. Twitter s’inscrit particulièrement dans cette tendance du Web instantané puisque, aux Etats-Unis, vous pouvez recevoir un SMS aussitôt que l’un de vos amis met à jour son statut. La question n’est donc plus « qu’a-t-il-fait aujourd’hui ? », mais « que fait-il maintenant ? ».
Choquant ? Stupide ? Narcissique, dites-vous ? Pas du tout ! L’expérience montre au contraire que l’usage de Twitter renforce les relations, la connaissance de l’autre et la proximité. En ce qui me concerne, Twitter constitue même une source d’informations. Je vous renvoie à ce sujet sur cette vidéo postée il y a peu sur ce blog.
Loïc Le Meur me reportait il y a quelques semaines l’anecdote suivante. Finissant une journée de dégustation de vins à Napa Valley (au Nord de SF), il se demandait dans quel restaurant il dînerait. Saisissant son iPhone, il interrogea ses followers (on n’ose dire « amis » tant il en a !) via Twitter. Il reçut dans la minute une vingtaine de réponses (c’est une star, le bougre !) dont cinq indiquant le même restaurant. Il y alla et s’en félicita.
Pour conclure, faisons un parallèle avec le bon vieux téléphone fixe. Avec cet engin, n’importe qui peut vous appeler quand bon lui semble et, autoritairement, vous enjoindre de commencer une conversation avec lui. Peu importe ce que vous faisiez, il vous interrompt, même s’il prend soin de vous demander « je ne te dérange pas ? ». Voilà qui est antique ! Avec Twitter, Skype et consorts, vous pouvez répondre immédiatement, 10 mn plus tard ; ou pas du tout.
En somme, nous disposons maintenant d’une nouvelle forme d’ubiquité (je suis ici mais suis en même temps mes amis), mais que nous gérons à votre gré.
Vive le progrès !