L'un des débats de ce mercredi après-midi rassemblait divers intervenants issus de la société civile, journalistes, patrons et politiciens pour savoir si la France jouait (encore) dans la cour des grands.
Nous le sommes ; mais veut-on le rester ?
Sans surprise, tous, peu ou prou, ont affirmé que la France jouait " évidemment " dans la cour des grands. Cependant, le filigrane des interventions laissaient davantage entendre que nous devions rester vigilants pour " rester " dans la cour des grands.
Claude Hagège (linguiste, Ecole pratique des Hautes études) notamment dénonce l'abandon que la France fait de sa langue, dans ses grandes entreprises comme dans les pays de tradition francophone. Pour lui, nous sommes dans la cour des grands, mais souhaitons-nous encore le rester ? Plus que le PIB et les autres indicateurs économiques, c'est, d'après Hagège, notre ambition et notre état d'esprit qu'il faut mesurer. La façon dont nous considérons la francophonie (souvent de façon dédaigneuse) est, selon lui, capitale pour rester un grand pays.
Propos à peine différents chez Luc Chatel (lien) (secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et de la Consommation, porte-parole du gouvernement). Même si la French touch (mâtinée d'ambition et d'audace) reste une réalité, le porte-parole du gouvernement rappelle tout d'abord que rien n'est figé. Il déplore ainsi que les termes et les réalités " capitalistes " et " libérales " n'aient été pleinement assumés que depuis la Présidence de Nicolas Sarkozy, alors même que depuis plus de 20 ans, le modèle libéral s'était imposé avec succès chez la plupart de nos voisins Européens. Il compare opportunément l'ancienneté des 25 plus grandes entreprises en France et aux Etats-Unis : en France, ces 25 entreprises existaient déjà en 1960. Aux US, seuls 6 de ces entreprises existaient en 1960 !
La France ne manque pas d'atouts, mais…
Evidemment, quand on met en perspective la relative petitesse de notre population (environ 1% de la population du globe) avec la richesse de notre histoire ou le rayonnement de notre culture, nul ne saurait douter que la France est un grand pays. Dans certains domaines économiques même, la France assure sa domination dans le monde entier. Xavier Huillard (PDG de Vinci) rappelle par exemple que, dans la construction, la France a les n°1 et n° 2 des métiers de la construction.
Mais c'est souvent la traditionnelle arrogance française couplée à ce manque d'ambition politique qui fait dire à nos voisins que " La France ne peut plus voyager en première avec un billet de seconde ". Thierry de Montbrial (directeur général de l'Ifri) par exemple souhaite que les français soient moins donneurs de leçons et plus exemplaires dans leurs actes. Il déplore en l'occurrence l'obstruction récente faite à la justice dans l'affaire des frégates de Taïwan, ceci en invoquant la " Raison d'Etat ".
Alain Juppé (maire de Bordeaux, ancien Premier ministre) va plus loin et dénonce quant à lui l'auto-flagellation qu'affectionnent tant les français et la culture de la repentance qui envahit les esprits. C'est en France, rappelle-t-il, que le " déclinisme " a le plus de succès.
Synthèse personnelle :
De sensibilité libérale, j'adhère globalement aux analyses des intervenants. Je partage notamment l'analyse d'Alain Juppé sur la repentance. Regardons notre histoire en face, instruisons par exemple le procès de la guerre d'Algérie (comme l'a fait remarquer une personne dans la salle), n'oublions pas celui du communisme, mais n'en traînons pas un boulet qui nous glace et nous paralyse pour les actions à venir. J'observe qu'aux Etats-Unis où s'est déroulé le plus grand génocide de l'histoire moderne, il n'existe pas de sentiment de repentance envers les indiens (à tort peut-être, mais c'est ainsi).
Je suis également l'analyse de Luc Chatel : Sarkozy a été le premier Président de droite à dire à la gauche " je suis de droite ; j'ai des valeurs de droite ; je n'en suis pas complexé et personne ne doit me faire la leçon ". Se référer pour cela à l'admirable ouvrage de Jean Sévillia (le terrorisme intellectuel) qui dénonce les amalgames, intimidations et attaques personnelles dont la gauche a usé contre la droite pendant 30 ans pour la tétaniser.
Un regret toutefois : l'homogénéité de cet aréopage. J'aurais apprécié par exemple d'avoir un Mamert ou un même Bové venir distiller leurs poils à gratter parmi ces beaux messieurs. A ce sujet, je suis toujours perplexe de voir la portée importante qu'ont en France les propos d'ATTAC et autres organisations alter-mondialistes farouchement opposées au modèle libéral. Pierre Verluise (docteur en géopolitique, directeur du site Diploweb.com) ne dit pas autre chose quand il dénonce le mouvement " à gauche toute " opéré récemment par les socialistes français pour contrer le magnétisme grandissant de M. Besancenot. Même si cela aurait pris un caractère politique, il aurait été intéressant de les entendre à ce sujet.
Emmanuel de Saint-Bon
Ajout du 28 08 : M. Bové, que Claude Allègre qualifie malicieusement de "casseur dont la place est en prison", a écopé hier de 8 mois de prison ferme et de 4 ans de privation de droits civiques pour ses actions contre les planteurs de maïs transgénique. Gageons donc qu'il sera disponible pour l'université d'été du MEDEF 2009 !
Emmanuel de Saint-Bon