Dans la blogosphère comme les dîners en ville, le débat fait rage sur une question cruciale : faut-il ouvrir son réseau d’amis à des gens que l’on ne connait pas (ou très peu) ? Certains, souvent en fin de dîner, se moquent, s’indignent, s’émeuvent en effet de réseaux à plusieurs milliers d’amis sur Facebook. Eux qui sont soucieux de préserver leur vie privée et partagent leurs informations personnelles avec parcimonie comprennent mal cet expansionnisme à tout crin.
« A quoi cela rime-t-il donc, disent-ils ? Tel membre de Facebook veut-il donc faire croire qu’il a tant d’amis ? Je suis sûr qu’il ne les connait pas tous ! Croit-il donc que ce sont de vrais amis ? Je te parie qu’en vrai, j’en ai plus que lui. Etc. ».
Ces écarts de chiffre traduisent en réalité trois approches bien distinctes de la notion de réseau :
- le réseau d’amis « à la dizaine » ;
- le réseau d’amis « à la centaine » ;
- le réseau d’amis « au millier » ;
Dans ce qui suit, je vais parler de « Facebook » pour désigner les réseaux sociaux en général et cela par commodité. Je l’emploie donc comme expression générique, mais celle-ci peut très bien désigner un autre réseau social.
1) Le réseau d’amis à la dizaine
Le membre de Facebook qui dispose de quelques amis seulement a une approche généralement simple de l’outil et s’intéresse à des sujets strictement privés : partage de photos, échanges de messages, retrouvailles de vieux amis, etc. Souvent, il est entré sur FB parce qu’un bon ami l’y a invité ET l’a convaincu oralement « d’y aller ».
Il ne cherche pas à faire grossir sa communauté, se méfie de tout ce qui pourrait s’apparenter à du spam. Il est soucieux de préserver sa vie privée, et parfois inconscient que ses échanges sont publics ; mais ça, c’est une autre histoire.
2) Le réseau d’amis à la centaine
On désigne là des membres inscrits sur Facebook depuis plus de temps (quelques mois, voire un à deux ans). Le temps a fait mécaniquement grandir son réseau (comment refuser une invitation d’un ami, même lointain ?), lequel pèse entre 50 et 500 personnes.
En outre, le membre a pris goût aux innombrables applications utilisables sur le réseau : poke, tests, sondages, cadeaux, partage de photos et de vidéos, organisation d’événements, adhésion à des groupes divers, commentaires sur les contenus publiés, etc.
Dans cette même catégorie concourt un genre de Facebook member un peu différent : c’est l’amateur (au sens noble du terme) qui se pique de réseau social, de partage d’informations, de blogging, de conversations en ligne. Celui-là aime publier sur Internet divers contenus et se sert de Facebook aussi pour donner un écho additionnel à son activité ou ses opinions.
Le site du Figaro vous permet en deux clics de partager vos lectures avec vos amis sur Facebook. C’est le Social Media Optimization ou « fluidification et partage de contenus ». Dès ces deux clics effectués, chaque membre de votre réseau reçoit dans son flux d’information (son lifestream) un lien vers l’article en question. Très efficace. Essayez donc, c’est très facile.
Même chose pour votre blog : vous pouvez facilement paramétrer vos outils pour que la moindre de vos publications soient « poussée » dans le flux de vos amis.
Dans ce cas, le réseau sur Facebook est aussi facteur de visibilité, donc d’audience et pourquoi pas d’influence.
3) Le réseau d’amis au millier
Dans la stratosphère sociale, il existe aussi de véritables champions du monde qui affichent allègrement 5000 amis sur Facebook. C’est d'ailleurs rarement plus d’ailleurs car Facebook fixait jusqu'alors 5000 comme limite. On n’ose imaginer les hauteurs folles sans cette sage précaution… Cela dit, cette limite vient de sauter (avec la nouvelle interface de Facebook). Qui sera le cador de l’univers à dépasser les 10 000 ?
Comment donc parvient-on à ces chiffres ?
C’est évidemment avec le temps que l’on touche une telle altitude sociale ; mais ce n’est pas suffisant. C’est aussi parce que l’on est influent, connu ou puissant que l’on entre dans l’élite de la crème du gratin. Se révèle alors à la star une foule d’amis, lointains ou inconnus, qui l'invitent à se connecter avec elle. On comprend leur motivation : cette connexion avec la star est flatteuse et leur confère indéniablement une petite proximité avec quelqu’un de connu.
Pourquoi ?
Le plus beau, c’est que la star très souvent accepte ces connexions entrantes ; tout l’inverse de la vraie vie en somme, où les stars demeurent inaccessibles aux gens ordinaires.
On retrouve bien sûr dans cette ouverture ce facteur de visibilité précité (car les stars sur Facebook publient beaucoup), mais je crois que cela va plus loin que ça.
J’observe qu’un Loïc Le Meur par exemple affirme aider quotidiennement des gens de son réseau (passage d’informations, mise en relation, etc.) y compris des gens qu’il ne connait pas (sic !). Dans son cas donc, les membres de son réseau ne sont pas tous de ses amis, mais aussi des amis d’amis ou plus généralement des personnes de son environnement professionnel. C’est simple et ça fonctionne aussi comme ça.
Qu’en penser ?
1) Cette attitude du partage, voire du don est héritée de la culture communautaire sur Internet. On y trouve de grandes richesses parce que chacun y apporte son obole. « Aide le réseau et le réseau t’aidera » en somme. Pour le dire autrement : aucune raison de ne pas aider, c’est facile, c’est gratifiant et… on gagne un ami ! Et puis donner rend heureux, nous le savons tous.
2) Je crois aussi (et les intéressés seront peut-être moins d’accord) qu’au stade où les stars de Facebook sont, leurs noms devient une marque. Souvent d’ailleurs, ils sont entrepreneurs, chefs de leurs entreprises et leurs noms sont étroitement associés à ceux de leurs entreprises. Mais même sans cela, il me semble que ces éminents membres de Facebook ont avec leurs « amis » le rapport que les marques dynamiques ont avec leurs fans, celui du Community Management.
En clair et pour rester concis : tout comme une marque gagne de la valeur en nourrissant constamment sa communauté de fans (par son discours et sa valeur d’usage), et en favorisant les échanges entre ses membres, la star sur Facebook entretient autour d’elle une communauté, et accroit son influence, son pouvoir, son attraction en favorisant les échanges autour de son nom.
Naturellement, cette évolution « dizaine – centaine – millier » induit un glissement progressif du type de contenus publiés sur Facebook. D’un espace à l’origine privé et amical, nous parvenons à un espace public et/ou professionnel.
Cela dessine la distinction, non pas entre sphère privée et sphère professionnelle, mais plutôt entre le public, le privé… et l’intime.
L’objet d’un prochain article ?
Je renvoie ceux qui veulent creuser le sujet à un article très intéressant sorti aujourd’hui sur Yoomag relatif au réseau sur Facebook.
Emmanuel de Saint-Bon
