Le buzz du moment
Joli coup de buzz réalisé cette semaine par le Tigre, « curieux magazine curieux ». En prenant un internaute au hasard et en recoupant toutes ses traces numériques laissées par l’intéressé sur le web, le Tigre parvient à reconstituer son portrait fidèle voire intime (anciennes petites amies, etc.). Lisez, c’est édifiant.
C’est vrai que, souvent sans y penser, nous laissons trace de nos humeurs (Twitter), de nos rencontres (Flickr), de nos soirées ou de nos vacances (Youtube) de morceaux de notre CV (LinkedIn et Viadeo) et étalons à tout va la liste de nos « amis » (Facebook).
Et vous ? Et vous ? Et vous ?
Okay ! Okay ! Je vous entends d’ici : « mais je n’utilise pas tous ces trucs, moi ! ».
Voire.
Etes-vous certain que le réseau ne connait rien de vous ? Pas de profil ouvert sur copainsdavant.com ? Jamais un petit commentaire de photos sur Facebook ? Un lieu favori placé sur Google Earth ? Une critique sur allocine ou sur la rubrique « livres » de la Fnac ? Un message laissé dans un forum ou sur un blog (cuisine, sexe, ordinateur, éducation, voyage, etc.) ? Jamais commenté les articles du Figaro ou du Monde ? Jamais participé à une pétition en ligne ?
Dans la négative, bravo, vous êtes très fort, vous êtes invisible. Vous êtes bien prudent aussi. Vous appréciez aussi sans-doute l’anonymat du Web des années 90, anonymat très relatif d’ailleurs si l’on songe au portrait précis que peuvent dresser de vous les régies on line sur la seule base de votre historique de navigation, mais c’est un autre sujet.
Méfiez-vous tout de même des photos et vidéos de vous postés à votre insu par un « ami peu averti du danger ». Avec un logiciel de reconnaissance faciale, plus besoin d’écrire votre nom pour que « la machine » vous identifie. Essayez aussi Spock en tapant votre nom ; vous pourriez être surpris.
Peut-être vous dites-vous « aucun danger me concernant ; seules quelques revues spécialisées ont publié des entrefilets sur mes réalisations professionnelles ». Mais êtes-vous certain que ces entrefilets n’ont pas été repris et commentés par d’affreux blogueurs influents et ont une tonalité et une visibilité bien différente de celle que vous imaginez ?
La dictature de la transparence
Allons plus loin avec mon ami Jacques (Attali) (que décidemment je cite souvent) : notre société tend vers une transparence totale qui confine à une nouvelle forme de dictature. En effet, l’impératif de transparence va se généraliser au point que les individus qui refuseront ce dictat seront d’emblée soupçonnés de cacher quelque chose. On peut le déplorer (je le déplore) ; mais c’est ainsi : votre cher anonymat pourrait, à terme, jeter une ombre sur votre e-réputation.
Ainsi, par la force des choses, chacun de nous devenons des personnages publics. Alors, les individus (et bien sûr les entreprises) doivent apprendre à écouter le web à leur sujet. C’est le minimum compte-tenu du pouvoir d’influence que nous avons les uns sur les autres. Rechercher et surveiller des informations sur soi n'a donc rien à voir avec l'égo-centrisme, le narcissisme ou la vanité.
On peut aussi aller plus loin et choisir de maîtriser un tant soit peu cette logique de contenus nous concernant. Oui, Google garde tout en mémoire et pour longtemps ; oui, il est difficile d’effacer des données introduites dans le système, oui, les informations se propagent très vite. Le tout est de le savoir et d’être vigilant. L’attitude de dénégation et de rejet ne me semble plus de mise en 2009.
L’intime – le personnel
Un exemple ? Je publie beaucoup de photos sur le web, et notamment sur Flickr. D’aucuns pourraient trouver que j’étale en public mon intimité. Peut-être. Mais vous ne trouverez jamais aucune photo publique de mes enfants sur mon espace.
J’ai peut-être tort, mais je distingue les informations personnelles des informations intimes. Ma santé, mes affaires de famille, mon argent ou encore une photo de ma fille soufflant ses bougies sont des affaires intimes. Mes vacances à Noirmoutiers, mon voyage aux USA, ma soirée avec Kool and the Gang ou mon dernier parcours de golf sont des informations personnelles ; elles n’ont pas à être nécessairement cachées ; le plus souvent, même, je suis heureux de les partager publiquement. Publiquement, c’est d’abord avec mes amis et les personnes que je côtoie ; pour les autres, les inconnus, je fais le pari que ces informations ne les intéressent pas, qu’elles ne peuvent me nuire et que personne ne cherchera à s’en servir pour me causer du tort.
Aurais-je tort ?
