Sony annonçait ce matin le lancement de son reader (comprenez livre numérique) dans une belle conférence de presse au Musée Dapper, à Paris.
L'offre est bien packagée puisqu'elle présentée sur la marché français conjointement par 3 acteurs clés du monde des livres : Sony pour le lecteur, Hachette pour l'édition et la Fnac (avec sa plate-forme Numilog) pour la distribution. Les adeptes de cet usage nouveau ne seront donc pas démunis. Le reader est proposé dès aujourd'hui sur le site de la Fnac en précommande et devrait sortir à la fin octobre.
Mais le produit me direz-vous, comment est-il ? Eh bien, je l'ai trouvé bien pensé et très convaincant. D'une taille A5 environ (la moitié d'une feuille A4), il est léger (260 gr.), mince (1 cm avec sa couverture environ), permet de stocker environ 160 livres et peut tourner jusqu'à… 1800 pages sans recharger sa batterie.
Mais c'est surtout cette fameuse encre électronique (ou E Ink ™) qui emporte l'adhésion. La lecture est effectivement facile et naturelle et son rendu s'apparente réellement au papier ; rien à voir avec un écran d'ordinateur rétro-éclairé.
Tout est bien donc ? Oui bien sûr. Pourtant, même si, incontestablement, le produit est abouti, je reste un peu sur ma réserve. Plus exactement, je sens que c'est un produit qui doit évoluer encore pour se démocratiser. Parmi les points que j'aimerais voir arriver sous peu, je note :
- le prix des e-livres : Philippe Cuvillier, le PDG de la Fnac, annonce un prix des ebooks " inférieur de 10 à 15 % " aux livres papier. Seulement ? On s'attendait à 30 % au moins (plus d'impression, plus de logistique, etc.). Je sais que la Fnac ne décide pas de tout le prix et que les livres électroniques pourraient eux aussi être soumis à la loi Lang, mais tout de même, à 15 - 25 € le prix moyen d'un livre, vous gagnez 2 € environ. Avec un lecteur coûtant 300 €, il vous faudra acheter 150 bouquins avant de rentabiliser votre achat. C'est beaucoup. C'est sans-doute le reproche principal que je ferais à cette offre.
Autre pistes d'améliorations potentielles :
- A quand un dictionnaire intégré ? C'était pourtant l'un des principales promesses de cette industrie et sans-doute facile à réaliser.
- A quand la possibilité de surfer sur le net via Wifi, soit
pour télécharger un journal, soit pour aller sur un portail internet
(wikipedia par exemple) y chercher une information manquante relative à
la lecture en cours ?
- Mieux : j'ai noté la possibilité de corner une page électroniquement (c'est déjà bien), mais quand pourra-t-on annoter un passage,
comme on le fait avec " vrais " livres ? Dans la foulée, pourra-t-on
récupérer cette annotation pour la placer dans une vitrine perso en
ligne ou un cahier de notes où l'on aurait placé toutes ses notes ? Je
poursuis (mais ce sera sans-doute la V3 ou la V4) : j'adorerais une
fonction spech to text me permettant justement de reporter automatiquement par écrit les commentaires que je ferais en live oralement.
- De même, l'adjonction d'un GPS au livre permettra, notamment dans le tourisme, d'avoir une lecture contextuelle et liée aux lieux que vous visitez.
Enfin, j'entrevois un point de vigilance très important : les DRM (ou Digital Right Management, ie un bridage des fichiers électroniques que vous achetez pour vous empêcher de les diffuser à tout va). Vu l'expérience malheureuse que nous avons eue dans la musique et l'éviction du projet de licence globale, je crains que les acteurs, obnubilés par le " piratage ", mettent en place des solutions contraignantes. Je souhaiterai par exemple pouvoir prêter simlement mon ebook à un ami (comme on le fait avec un livre en papier), ou au moins pouvoir lui envoyer gratuitement et sans limitation de destinataires un extrait que j'ai particulièrement apprécié. C'est l'intérêt même des éditeurs et distributeurs ! Je ne suis pas certain que les pionniers qui achèteront cet ebook et ces e-livres puissent partager leurs lectures à leur guise.
En synthèse, nous avons là un produit très convaincant, très prometteur et qui séduira d'emblée les amateurs de lecture. Avec quelques fonctions additionnelles et des prix plus accessibles, il sera prêt pour conquérir le grand public.
Emmanuel de Saint-Bon
