Le gouvernement vient de mettre en place une mesure de bon sens : faire en sorte que les chômeurs retrouvant un travail ne soient plus confrontés à une baisse générale de leurs revenus du fait de dépenses liées à cette reprise d'activité (gardes d'enfants ou transport par exemple).
Si les politiques de tous bords sont d'accord pour dénoncer cette situation absurde (gagner plus au chômage qu'en travaillant), c'est évidemment le choix des moyens mis en place pour pallier cette carence qui fait débat.
L'idéologie, toujours l'idéologie
Résumons : pour substituer le RSA au RMI, le gouvernement lève un nouvel impôt en taxant à hauteur de 1,1 % les revenus locatifs, les PEA, les assurances-vie.
François Hollande y va de sa vieille antienne et se réjouit que l'on " prenne l'argent des riches pour le donner aux pauvres ". Un véritable Robin des Bois ce Hollande. Jean-Louis Tourenne se lamente, lui, car " les plus riches, protégés par le bouclier fiscal, échapperont à cet effort " ! Le but est-il donc de se venger faire payer les plus riches ou d'inciter les chômeurs à retrouver un emploi ?
Dans la majorité présidentielle, même son de cloche, mais à l'envers. Hervé Mariton député UMP de la Drôme, regrette cette levée de nouvel impôt et précise qu'il " n'a pas été élu pour ça ". C'est tout à son honneur, mais encore une fois, étudions concrètement les résultats escomptés, sans idéologie et sans effet d'annonce outrancier.
Théorie et pragmatisme
Il est vrai que la création d'un nouvel impôt n'est pas conforme aux promesses du candidat Sarkozy, mais c'est bien aussi de savoir ne pas être prisonnier d'un discours. Les promesses doivent être tenues sur le plan global et le bilan de l'action de Sarkozy...
... ne pourra être dressé qu'à la fin de son mandat, dans 4 ans. Peu
importe que, sur un point donné, le pragmatisme prenne le pas sur la
théorie.
J'observe par ailleurs que les hommes politiques verse
nettement dans le débat politique, voire idéologique. Pour la majorité
d'entre eux, la question n'est hélas pas tant de savoir si cette mesure
est bonne et produira les effets attendus, mais si elle est conforme
aux idées et engagements de campagne du camp Sarkozy. Franchement, nous aimerions davantage de pragmatisme de la part de notre classe politique, à l'image d'un Tony Blair qui n'a jamais hésité à casser les codes habituels du " Labour ".
Quelle contrepartie demandée aux chômeurs ?
Pour ma part, je regrette que cette mesure n'ait pas été assortie d'un aménagement durcissant un peu le chômage à long terme. Je ne pense pas à une réduction des indemnités mais plutôt à une diminution de la durée totale d'indemnisation.
En France, la majorité des chômeurs disposent d'une période maximale de
23 mois de chômage. Disons-le : avoir presque deux ans d'indemnités
souvent n'incite pas à se mettre immédiatement en recherche d'un nouvel
emploi. Pourquoi ne pas avoir profité de la promulgation de ce RSA pour
réduire cette période d'indemnisation à 20 ou même à 18 mois ? Du donnant-donnant en somme entre le capital et le travail…
Je
rappelle à cet effet l'une des analyses du candidat Sarkozy : la France
ne manque pas d'emplois, elle manque de travail (comprenez de quantité
globale de travail produite par les français). En cassant le dispositif
désastreux des 35 heures, Sarkozy remet la France au travail. Il doit
continuer dans cette voie. Souhaitons que le RSA permette au
gouvernement de tenir l'une de ses promesses phare de campagne :
réduire en 5 ans le taux de chômage de 50 %.
Emmanuel de Saint-Bon
