J'ai eu la chance d'assister à un rodéo récemment ; à Colorado Springs exactement. Je crois n'avoir jamais senti d'aussi près le souffle de l'Amérique.
Les abords
Les abords de l'arène tout d'abord mettent dans le bain immédiatement. Les hommes sont grands ou gros, souvent les deux. Question nippe, c'est invariable : chapeau, foulard, chemises à carreau, jeans et santiags. Certains, motards, ajoutent une couche de cuir noir à cette tenue. Femmes et enfants s'inscrivent dans le droit fil de cette mode locale. Nombre d'entre eux portent les couleurs du drapeau en chemise ou bandana. La jovialité est de mise.
Les voitures alignées sur le parking ne ressemblent en rien aux gentilles berlines que nous avons en Europe. Leurs voitures sont… des camions. Ces engins mesurent 2,20 m de haut et 6 ou 7 de long, ont des roues élargies et hautes d'un mètre, des moteurs de 5 litres, et invariablement un pickup auquel on peut accrocher une remorque de 5 tonnes. Ils peuvent véhiculer à l'aise 8 passagers. Ici, un BMW X5 fait l'effet d'une golf, pas plus.
S'ensuivent diverses démonstrations de lasso, danses indiennes et expositions de taureaux. Les publicités même indiquent le caractère brut et entier et fier du Colorado.
Le Rodéo
Un rodéo, comme chacun sait, est une compétition où il est question de cow-boys (et de cow-girls !), de taureaux et bien-sûr de chevaux. L'objectif est bien-sûr de monter un taureau ou un jeune pur-sang indompté et de tenir en selle au moins 8 secondes en gardant une main en l'air. En discutant (car les américains discutent avec leurs voisins), je me suis laissé dire qu'en réalité, les chevaux n'étaient pas sauvages, mais juste excités par une lanière qu'on leur serre fortement au bas des reins. Cela leur compresse si fort les parties génitales qu'ils en reviennent à l'état indompté. Naturellement, la tension est immédiatement relâchée après la compétition.Comme vous le voyez ci-dessous, c'est du sport à sensations fortes et non exempt de danger pour le cavalier. C'est donc une discipline d'engagement où le mental est déterminant, au même titre que l'escalade, la course automobile ou les sports de combat.
Mais cette épreuve n'est pas la seule au programme. Une autre manche également très appréciée consiste à poursuivre à cheval un veau, l'attraper au lasso comme dans les films, sauter de selle en pleine course, lui attraper et lui tordre le cou pour l'obliger à se coucher et lui lier les 4 pattes, le tout le plus rapidement possible. A noter : les chevaux s'immobilisant et stoppant net un jeune veau en pleine course.
Le spectacle est dans les gradins
En réalité, le plus frappant n'est pas dans l'arène mais dans le public et ses rituels. Tout d'abord, le va et vient est permanent dans les tribunes. Et pour cause : les américains s'intéressent au spectacle, mais aussi aux buffets disposés aux quatre coins de l'arène ! Quand on voit la queue devant ces buffets et les quantités astronomiques de pop corn, de saucisses ou de champignons fondus dans le fromage qu'ils commandent, c'est à se demander s'ils sont venus pour voir des chevaux ou… se goinfrer (je ne trouve pas d'autres mots !). Sachant que la majorité des américains dînent vers 18h00 et que le spectacle commençait à 20h00, on comprend que ces " amuse-gueules " viennent en sus du dîner. Ce qui fait mal, c'est de voir des personnes " physiquement challengés " s'empiffrer comme les autres. Sans-doute cela ne les gêne-t-il pas de faire, à 35 ans, leurs courses assis dans un caddie électrique…Mais surtout, le spectacle a commencé par un défilé militaire (oui, oui, avec des troupes en armes marchant en ordre serré dans l'arène) pour rendre hommage et soutenir les boys se battant " pour la liberté " en territoire étranger. Minute de silence et stade entier vibrant au son de l'hymne national, chacun la main sur la poitrine. Peu importe qu'on aime ou pas, peu importe qu'on soit d'accord avec la politique de Bush, le pays entier s'unit derrière son armée. J'ai éprouvé le sentiment d'avoir là une nation jeune, unie, et sachant oublier ses querelles sur les sujets importants. On est bien loin du fameux match de foot auquel assista Chirac en son temps et où la Marseillaise fut sifflée…
Mais le plus fort restait à venir car après la minute militaire vint… une prière où chacun remercia le Christ d'être né américain ! Sans complexe ni souci des non-croyants, l'animateur demanda à chacun de prier pour l'Amérique, glorifia la nation défendant le mieux la liberté au monde et remercia le Seigneur d'appartenir à la nation " ayant plus fait pour la liberté humaine en 200 ans que n'importe quelle autre nation dans le monde " (!!!). Costaud, non ? Là encore, peu importe que ce soit vrai, l'important est qu'ils le croient, et ils le croient !
On peut rire de tout cela. On peut traiter les américains de grands enfants ou dauber leur manque de culture. C'est vrai que cette candeur aux relents propagandistes est désarmante. Quoi qu'il en soit, l'Amérique revendique un rôle particulier vis-à-vis des autres nations : celui d'un guide pour diffuser ses valeurs et d'un rempart pour la liberté. Cela explique sans-doute l'attitude jugée condescendante voire arrogante que nous éprouvons parfois dans nos échanges avec les américains. En outre, l'immense majorité des américains ne voudraient visiblement pas vivre ailleurs. Intéressant parallélisme avec nos cadres français ne rêvant que de Londres, d'Asie ou… d'Amérique.
Emmanuel de Saint-Bon
