Le Drugstore Publicis recevait ce matin Hubert Védrine, à l'occasion de la sortie de son "Rapport sur la France et la mondialisation" que lui avait demandé le Président Sarkozy.
L'homme est conforme à l'image que j'avais de lui : ponctuel, affable, mesuré, pragmatique et excellent connaisseur de ses dossiers. Tout le contraire d'un dogmatique en somme.
Médias
Nous recevons plus d'images en une journée que nos grands-parents en une vie ! Or 99 % de ces informations sont inutiles, pas réellement importantes, déjà connues voire futiles ; même si elles sont très émouvantes et sensationnelles.Ce flux créé une grande confusion dans les esprits et masque des événements perçus comme secondaires, plus discrets, mais qui ont pourtant une grande importance à long terme.
Histoire
Les occidentaux ont perdu le monopole de l'Histoire. Nous ne sommes plus les seuls à faire l'Histoire. Nous ne pouvons plus imposer notre point de vue facilement. Nous avons en face de nous des équivalents (Chine, Inde…). Nous devons ainsi adopter une "Politique d'influence" et non plus une politique de force, comme c'est encore le cas aux Etats-Unis aujourd'hui (NB : intéressant parallélisme avec l'évolution actuelle du marketing et de la publicité). Védrine rappelle au passage que le but de la diplomatie n'est PAS d'imposer ses points de vue à l'étranger (beaucoup de français et de politiciens pensent ainsi). Cette période qui a duré 4 siècles est révolue.Prônant la modestie et le pragmatisme, L'ancien Ministre des Affaires Etrangères nous met donc en garde contre les attitudes " pérorantes " et volontaristes, allusion à peine cachée selon moi à l'approche qu'avait Dominique de Villepin.
Mondialisation et économie de marché
La France a intérêt à changer d'attitude face à la mondialisation : contrer la peur et se défier des dogmes. Nous devons être plus offensifs.D'après l'institut d'études américain PEW, les français n'approuvent qu'à 35 % l'économie de marché. Or ce taux va de 55 à 80 % chez nos voisins américains.
Védrine nuance toutefois cet écart en rappelant non sans humour que 80 % des français se disent heureux mais que 80 % des français pensent que " les autres français " ne sont pas heureux.
Langue et culture françaises
Védrine se désole de la désinvolture incroyable des français et de leurs élites à l'égard de leur langue. Notre patrimoine est pourtant exceptionnel. Nous sommes le seul pays Européen à délaisser à ce point cet héritage.Ce malaise est, selon Védrine, hérité de la 2nde guerre mondiale : méfiance envers son identité, ses racines, taxation rapide de " franchouillard " de tout ce qui touche au patriotisme, sous-estimation (voire détestation ?) de soi.
Altermondialistes et " droitsdelhommistes "
Sur les premiers, Védrine distingue plusieurs degrés : ceux qui, avec justesse, cherchent à corriger les défauts et ceux qui (très marginalement) contestent le capitalisme " en soi ". Il me revient à ce sujet une phrase de Claude Allègre à propose de José Bové : " Monsieur Bové est un casseur dont la place en prison ". J'applaudis !Concernant les seconds, l'ex-ministre dénonce l'attitude consistant à placer les droits de l'homme au centre de la diplomatie. Il rappelle que la diplomatie a d'abord pour objet la défense des intérêts vitaux du pays.
Merci Monsieur Védrine. Je vous trouve rafraîchissant.
Plus d'info sur ce rapport Védrine.

