Vendredi dernier, le 8 février, s'est tenue la convention annuelle du MEDEF. Rassemblant au Parlement Européen de Bruxelles plus de 1300 " patrons " français, celle-ci s'était donnée pour thème l'ouverture et le " benchmark ". Comment ? Vous ignorez ce que le benchmark est ? Rien de grave ni d'honteux, ce n'est pas un mot français mais anglais et qui mêle observation, étalonnage, comparaison, analyse, et émulation. En clair : lever les yeux, regarder autour de soi, observer ce que font nos voisins européens, (se) mesurer à leurs résultats et, le cas échéant, adopter leur solution avec pragmatisme.
Mais donnons la parole à Laurence Parisot (extrait de son formidable discours de clôture) :
"J'adore la langue française et je voudrais que Mesdames et Messieurs les académiciens fassent un jour entrer dans notre dictionnaire le mot de benchmarker. Car il manque ! Benchmarker, c'est comparer, c'est étalonner, c'est mesurer, ou plus exactement, ce sont ces trois actions à la fois : benchmarker c'est évaluer dans une optique concurrentielle pour s'améliorer. Benchmarker c'est dynamique. C'est une grande incitation à ne pas rester immobile. Se benchmarker, c'est oser regarder dans le miroir son reflet objectif plutôt que de refuser de voir les choses en face et de mettre la tête sous son aile. C'est en finir avec les préjugés selon lesquels rien de ce qui se fait ou se pense en France ne serait bien, tout y serait à jeter, bref, nous serions des nuls, pour toujours irrécupérables, car entachés d'une sorte de péché originel. Les préjugés inverses existent, aussi tonitruants et dévastateurs : la pensée made in France serait la seule juste, la seule fructueuse, la seule morale. Tout cela est faux. Ce sont deux idéalismes qui s'opposent. Se benchmarker, c'est être réaliste. C'est se donner les moyens du pragmatisme. C'est savoir qu'on n'est pas seuls au monde, ni le centre du monde, c'est refuser l'illusion qui empêche de grandir".
Je ne sais pas si l'emploi de ce mot anglais est un signe de paresse intellectuelle, de pauvreté de vocabulaire ou de l'influence de la mode. Peut-être croit-on que l'emploi de mots anglais valorise le discours ? A moins que, comme j'ai tendance à le croire, il n'y ait pas réellement d'équivalent du mot benchmark dans la langue française. Je me souviens par exemple de mon vieux professeur de latin qui tentait de nous expliquait ce qu'était la virtu. J'en ai gardé le souvenir d'une qualité qui confine à l'excellence et qui se situe au carrefour de la force, de l'intelligence et du courage. Et puis, si cela permet de mieux faire passer un message aux " Gaulois " (comme dirait mon ami Jean-Michel Billaut) si prompts à rejeter toute forme de classement, tant mieux ! Mais je m'égare…
3 heures de convention menées au pas de charge, une organisation irréprochable, de nombreux intervenants, une Laurence Parisot en pleine forme
, mâtinant son discours de réalité augmentée et de bons mots, le tout animé par la très professionnelle Hakima Darhmouch (présentatrice du journal télévisé belge de 19h00 sur la chaîne RTL-TVI) : un véritable régal !
Transposant le concept du gong anti-bullshit cher à Mon ami Reboul, les invités avaient un créneau de 2 mn pour répondre aux sujets lancés par Hakima Darhmouch. Seul Lucas di Montezemollo (Président de Fiat et Ferrari), en bon italien, a réduit son intervention à… 5 mn et ses efforts furent appréciés.
2 vidéos que je ne résiste pas au plaisir de vous livrer :
- le lipdub du MEDEF d'abord. Là encore, chapeau ! Quelle image dépoussiérée ! A quand celui de la CGT ? Et si, organisations patronales et syndicales rivalisaient (aussi) sur ce terrain ? A quand celui de la CGPME par exemple ? J'aurais bien vu l'inaltérable Lucien Rebuffel se dandiner sur une trottinette par exemple…
- et puis une vidéo prospective (prise en " pirate " de mon N95). Rien de fracassant, mais bien fait.
On ne pourrait tout rapporter tant les échanges furent riches et intéressants. Mention spéciale pour le saucisson virtuel de Thierry Marx et sa conviction que les particuliers iront vers la " cuisine moléculaire ". Encore un Marx qui veut nous abuser ? Bon, d'accord, c'est facile, je la retire.
J'ai retenu quant à moi une idée parmi d'autres : l'impératif écologique, loin d'être nécessairement une contrainte pour les entreprises, peut être un formidable vecteur de croissance. C'est en outre un terrain où les entreprises peuvent montrer la voie aux autres acteurs : des autorités politiques aux individus que nous sommes tous. A ce sujet, je vous laisse méditer sur ce mot de Saint-Exupéry : " nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous ne faisons que l'emprunter à nos enfants ".
Plus d'infos, photos et vidéos : www.benchmarkercestlasante.eu
Emmanuel de Saint-Bon

Bonjour,
Juste une précision : Montezemolo, avec un seul L, le lire avec 2 ça me fait tout drôlle :-)
Jean-Marie
Rédigé par: Jean-Marie Le Ray | 27/02/2008 à 13:22