Voici une conversation fort intéressante entre le célèbrissime Jacques Vergès et le Père Alain de La Morandais. Le livre date un peu, mais les protagonistes y révèlent toute la richesse de leur personnalité.
Jacques Vergès, cet inconnu
La surprise pour moi fut de découvrir un Jacques Vergès (évidemment) différent de celui que j'imaginais. Il est bien révolutionnaire dans l'âme (son parcours, sa paternité même le modèlent ainsi) mais s'affiche respectueux des croyances et religions des autres. Il conspue par exemple la bien-pensance de gauche, les bouffeurs de curés ou les ONG occidentales (leur misérabilisme frise le mépris). Il admet bien volontiers ses erreurs de jeunesse et notamment sa foi en le communisme comme promesse de monde meilleur.Ses procès les plus médiatiques (Klaus Barbie Ibrahim Abdallah, Omar Raddad...) lui ont permis de développer avec succès sa stratégie dite "de rupture" laquelle consiste, en résumé, à ne pas jouer les règles du jeu qu'on vous impose (par exemple en utilisant la force des images et des médias pour faire pencher le débat en faveur de ses clients).
Le communisme, l'eugénisme
Deux passages ont retenu mon attention.
- l'un sur le communisme : "le communisme m'est apparu comme l'allié de tous les damnés de la Terre ; au rebours du système dominant niant ma qualité humaine à moi, l'esclave, le Tasmanien, aborigène d'Australie ou Peaux-Rouge. Pour moi, le Diable était plus à Paris, Londres ou New-York". Assez convaincant.
- l'autre sur l'eugénisme : "a-t-on le droit de détruire une vie humaine ? Si l'on s'engage ainsi, où est la limite ? Hitler avait décidé d'éliminer ceux qu'il appelait "les tarés". 60 000 personnes ont ainsi été éliminées. [...] A partir du moment où vous vous arrogez le droit de tuer un trisomique dans le ventre de sa mère, moralement quel obstacle y a-t-il à tuer un trisomique de 30 ans ? Quittant le domaine de l'absolu, nous sommes dans le relatif. C'est pourquoi je pense que la position de l'Eglise est, dans ce domaine, d'une nécessité absolue. Autrement, la vie humaine devient quelques chose de relatif." Plus proche de la provocation avec ces associations osées.
Bref, l'iconoclaste Vergès se laisse découvrir avec plaisir à travers ces 250 pages.
Bonne lecture !
